Maurice Leenhardt (1878-1954) : le fondateur de Do-Néva
Arrivé en Nouvelle-Calédonie en 1902 avec son épouse Jeanne, Maurice Leenhardt y restera pendant vingt ans. Le fondateur de la mission de Do-Néva à Houaïlou n’était pas seulement un infatigable bâtisseur … Féru de sciences humaines, naturellement curieux, il s’est attaché à comprendre la culture et le mode de pensée kanak. Ses travaux restent aujourd’hui une inestimable source de connaissance.
Enfant d’une grande famille protestante, Maurice Leenhardt grandit à Montauban puis apprend la théologie calviniste et la médecine. En 1899, nouveau bachelier en théologie, tout juste marié à Jeanne André-Michel (également issue d’une famille protestante du midi de la France), Maurice Leenhardt répond à une annonce parue dans le Journal des missions, demandant un missionnaire pour la Nouvelle-Calédonie. C’est ainsi que le couple Leenhardt débarque à Nouméa le 13 novembre 1902.
Approche et découverte d’une culture
Pendant vingt ans, Maurice Leenhardt fut l’organisateur énergique de la vie religieuse protestante sur la Grande-Terre depuis la station de Do-Néva qu’il anima de son zèle et de son dévouement, instruisant enfants et adultes aux métiers de pasteur ou de moniteur en fonction des aptitudes, des choix de chacun et des besoins de l’époque. Secondé par Jeanne Leenhardt, il développa aussi les notions d’hygiène et de tempérance dans l’espoir de redonner force et désir de vivre aux hommes et aux femmes de cette terre d’accueil.
Cet intérêt pour l’autre le conduira à développer l’ethnologie ou étude des cultures humaines. Il mit alors au service de la connaissance ses qualités naturelles d’observation et d’écoute.
Tous les étudiants ont été à leur manière des maîtres pour lui sur ce parcours, mais deux d’entre eux, Joané Nigoth et Bwêêyöuu Ërijiyi lui ont ouvert la voie : l’un en ayant traduit en ajië l’Evangile selon Saint Mathieu et l’autre grâce à un minutieux travail d’écriture sur sa propre culture.
Joané Nigoth introduisit un outil pédagogique pratique et efficace dans la langue du pays faisait de l’ajië la langue commune des protestants calédoniens.
Bwêêyöuu Ërijiyi et ses cahiers ethnographiques éclairèrent Maurice Leenhardt sur la richesse des savoirs et savoir-faire kanak.
« Il est important de se rendre compte que Maurice Leenhardt arrivait dans un champ déjà occupé par une trentaine de vétérans. Il n’allait pas prendre leur place ni changer leur manière de travailler ». Raymond Leenhardt, fils aîné du pasteur Leenhardt
« J’arrive dans une région qui est différente, et où il y a des anciens dans le travail de Dieu qui ont décidé de ce qui convient au pays, et je suivrai la manière qui a fait ses preuves au milieu d’eux. » Maurice Leenhardt
Cependant, en incitant tous les étudiants de Do-Néva, de quelque région qu’ils soient, ainsi que les missionnaires, à pratiquer une même langue, il invitait à un effort de réflexion et de pensée communes. Il introduisit aussi des savoirs et des outils nouveaux et joua un rôle essentiel de coordinateur de la vie de Do-Néva et de moteur pour le développement de l’Eglise protestante en Nouvelle-Calédonie.
Missionnaire et ethnologue
De retour en France, il partagea sa vie entre sa famille (cinq enfants) et exerça plusieurs fonctions : pasteur de différentes paroisses, enseignant en ethnologie — à l’école pratique des Hautes études (1942-1950), l’une des plus renommées des sciences de l’homme en France —, chercheur passionné en langues mélanésiennes et océaniennes puis chargé de conférences (langues océaniennes) à l’école des Langues orientales vivantes à partir de 1935 jusqu’à sa mort. Envoyé en mission scientifique en Nouvelle-Calédonie par le ministère de l’Education nationale en 1938-1939, il mènera une enquête sur les trente-trois langues et dialectes que comptabilisait alors le pays kanak.
Au cours de cette période, il écrivit pour de multiples revues chrétiennes et fonda le Monde non chrétien, dont l’objectif était d’offrir un support d’expression aux missionnaires désireux de partager leurs expériences. Il participa à la création de la Société des Études mélanésiennes qui édite toujours une revue.
Maurice Leenhardt fut également président du Journal de la Société des Océanistes qui publie des articles sur toutes les sociétés océaniennes.
Maurice et Jeanne Leenhardt ont entretenu, pendant trente ans, une correspondance en langue ajië avec des familles kanak de tous les pays de Calédonie (plusieurs centaines de lettres). Ils ont également participé à la création d’outils pédagogiques et préventifs dans le domaine de la santé, notamment en traduisant en ajië et drehu un document illustré intitulé : « Conseils et pratiques d’hygiène pour les indigènes des îles Loyauté et pour les gens de la grande Terre. » 1936 signé le docteur Tivollier[1].
Sur la fin de sa vie, Maurice Leenhardt fut invité à Nouméa pour être le fondateur et le premier directeur de l’institut français d’Océanie (1947-1948), aujourd’hui IRD (institut de Recherche pour le développement).
Il fut aussi directeur du département d’Outre-mer du musée de l’Homme, et membre de l’académie des Sciences d’Outre-mer.
[1] Tivollier l’avait écrit en drehu, langue qu’il parlait [Ismet Kurtovitch, 22 août 2002]