Les natas
En sortant de l’école pastorale de Béthanie (Lifou), les nouveaux natas d’Ouvéa, de Lifou et de Maré se décidèrent à prendre le relais des teachers polynésiens pour aller porter le message de la « parole nouvelle » sur la Grande-Terre. En suivant les réseaux d’alliance, certains accostèrent à Canala, à Kouaoua, à Houaïlou, à Ponérihouen et à Poindimié sur la côte Est. Ces messagers : les natas (celui qui raconte l’histoire) en langue nengone (Maré) diffusèrent avant 1900 « la bonne nouvelle » dans plus de cinquante tribus kanak de la Grande-Terre.
C’est ainsi qu’arriva à Houaïlou en 1884, Mathaia, un jeune nata d’Ouvéa. Il organisa la petite chrétienté depuis Parawié, où la famille de Kapéa l’accueillit. Avec les premiers chrétiens et l’accord des chefs, ils construisirent de petites écoles, puis des temples pour apprendre les évangiles, la lecture, l’écriture et le calcul.
Dans les années 1890 d’autres natas arrivèrent des Loyauté. Ces pionniers, inspirèrent confiance et suscitèrent l’intérêt des kanak de la Grande-Terre. Ils partagèrent le quotidien des familles qui les accueillaient, apprirent la langue ajië (Houaïlou) et participèrent activement aux travaux quotidiens, adaptant sans cesse leurs méthodes d’évangélisation.
Si leurs paroles et leurs enseignements furent favorablement accueillis par les habitants de la région (150 baptêmes en 1897), leurs pratiques inquiétèrent les autorités en place. Les natas introduisirent des rudiments de la langue anglaise dans leur discours, ce que l’Administration ne pouvait tolérer. Les natas représentaient l’Eglise protestante. Les catholiques installés sur la Grande-Terre depuis 1843 considéraient ces prêcheurs comme des concurrents.
Les natas prêchèrent l’abandon des anciennes pratiques religieuses, le renoncement à la guerre, à la polygamie, à l’alcool … Les représentants de la coutume n’étaient pas tous favorables à ces changements.
Les natas favorisèrent l’apprentissage de la valeur de l’argent et des biens par l’enseignement du calcul. Les kanak qui vendaient leurs marchandises pouvaient ainsi vérifier les balances et leurs comptes. Beaucoup de commerçants européens y voyaient leurs intérêts contrariés. C’est ainsi que les natas durent faire face à des pétitions, des interdictions de circuler, des emprisonnements, des menaces, des humiliations nombreuses.
Toutes ses réalités rendaient difficiles leur tâche et la progression de leur travail .